Interventions ciblées

Individualiser pour 100% des élèves, ce n’est ni réaliste, ni nécessaire!

La pyramide, déjà utilisée avec succès dans plusieurs pays du monde tels que le Canada, la Finlande ou encore les Etats-Unis, propose une approche individuelle sélective (en nombre d’élèves) et progressive (en intensité d’aide).

Approche sélective = intervention individuelle ciblée sur un petit nombre d’élève en grands besoins. Pour donner un ordre de grandeur, le modèle prévoit que cela concerne 10 à 15% des élèves environ à l’échelle du système, soit en moyenne entre 2 et 4 élèves dans une classe de 25.

 

Approche progressive = mesures d’aides bien ciblées introduites en petite quantité, avec évaluation et régulation. Leur nombre et leur intensité sont ajustés en fonction de la façon dont l’élève réagit et dont les effets sur les apprentissages sont ou non constatés.

 

Comment faire concrètement?

Le 2e étage de la pyramide qui concerne les interventions ciblées d’intensité modérée à élevée comporte deux étapes : l’observation et l’intervention.

Etape 1: lobservation et la prise d’informations (réaliser un état des lieux pédagogique).

  • Un bon mois après la rentrée scolaire (en octobre), les enseignants connaissent les dynamiques collectives et individuelles au sein du groupe-classe.
  • L’enseignant a pu mesurer les ressources et les faiblesses des élèves et identifier ceux qui éprouvent des difficultés, qu’elles soient générales ou ciblées.
  • C’est à cette occasion qu’il est utile de s’arrêter pour réaliser un état des lieux pédagogique (interne à l’école) pour le petit nombre d’élèves qui éprouvent les plus grandes difficultés.

Reculer pour mieux sauter: p

lus cet état des lieux est précis et ciblé, plus vite on trouvera le « cocktail » de mesures d’aide qui correspond aux besoins de l’élève. C’est donc prendre un petit temps d’arrêt à un moment pour s’épargner par la suite des dépenses d’énergie peu efficaces. Rien de plus décourageant que d’avoir l’impression de remplir un « puit sans fond » avec une multitude de mesures d’aides mal calibrées et qui n’aident pas l’enfant.

Comment?

Il s’agit de prendre une série d’informations à propos de l’élève concerné. L’enseignant pourra aiguiser son regard par rapport aux difficultés de l’élève et situer celles-ci :

  • Quelle est la cause de la difficulté ? Est-elle passagère (l’élève est primo-arrivant et le français n’est pas sa langue maternelle) ou permanente (l’élève ne voit pas au tableau).
  • Est-ce physique ? (Trouble sensoriel, maladie, handicap, etc.)
  • Est-ce comportemental ? (Social, affectif, psychologique, etc.)
  • Est-ce cognitif ? (Mémorisation, attention soutenue, stratégie de résolution, etc.)
  • Est-ce environnemental ? (Fatigue, négligence, etc.)

L’état des lieux doit se réaliser avec le plus de critères observables possibles afin de viser l’objectivité.

Des outils (grilles d’observations, résultats des épreuves interdiocésaines, grilles de compétences, …) mais aussi des acteurs internes (autres enseignants, titulaire précédent, professeurs d’éducation physique, surveillants, etc.) et externes à l’écoles (parents, PMS, SAJ, SRJ, médecins, etc.) peuvent aider l’enseignant à réunir tous les éléments utiles à cet état des lieux pédagogique.

Il existe plusieurs façons d’instituer cet état des lieux pédagogique dans les pratiques de l’établissement :

  • soit chaque titulaire collecte les différents avis et formalise l’état des lieux. Il s’agit de la façon de faire la plus économe en temps ;
  • soit le conseil de classe se réunit (titulaire, autres enseignants concernés par l’élève, professeur de remédiation ou d’adaptation à langue, direction) et chacun apporte les informations dont il dispose. Cette modalité a l’avantage de permettre de croiser les différents avis, et aussi d’impliquer tous les intervenants dans les mesures d’aides à mettre en œuvre.

Prochainement, nous mettrons en ligne des exemples de grilles et d’outils pour réaliser cet état des lieux.

Une fois complété, il est recommandé de consigner cet état des lieux dans le dossier de l’élève. Il pourra nourrir le conseil de classe afin d’évaluer ce qui aura été mis en place et d’en mesurer la progression. Il s’agira aussi d’une source d’informations utile si, plus tard, on cherche à se rappeler ce qui a été mis en place, à quel moment et avec quels résultats.

 

Etape 2: l’intervention (mise en place de mesures d’aides ciblées)

L’état des lieux pédagogique réalisé, le conseil de classe décide de mettre en place certaines mesures pour tenter de surmonter la difficulté, avec l’élève comme partenaire.

Ces aides peuvent prendre diverses formes : groupes de besoin, suivi rapproché, contrat individuel, tutorat, remédiation, adaptation de l’horaire ou de certaines activités, matériel supplémentaire, gestion du temps et des échéances adaptées, dispenses, portion d’horaire passée dans une autre classe, etc.

Prochainement, nous mettrons en ligne des fiches pratiques décrivant certaines mesures d’aides et comment les mettre en place.

Les mesures d’aide mises en place sont consignées dans le dossier de l’élève (dossier électronique ou fiche papier). Cela permet de garder l’historique des mesures mises en place aux différents moments de l’année scolaire.

Prochainement, nous mettrons en ligne des exemples de fiches d’intervention à compléter pour consigner ces mesures d’aides.

L’intensité de l’intervention pourra varier selon les besoins. Les mesures d’aides individuelles sont introduites en petite quantité, avec évaluation et régulation. Leur nombre et leur intensité sont ajustés progressivement selon les besoins identifiés, en fonction de la façon dont l’élève réagit et dont les effets sur les apprentissages sont ou non constatés.

L’évaluation des mesures d’aides (cela aide l’élève un peu, beaucoup, pas du tout) et les décisions prises (continuer, ajuster, stopper la mesure d’aide) sont consignées dans la fiche de suivi, de façon à compléter l’historique des interventions.

« On a essayé une fois, cela ne fonctionne pas ».

Attention, afin de pouvoir juger de l’utilité d’une nouvelle mesure mise en place, il est nécessaire de laisser un peu de temps, d’une part pour que l’élève s’y habitue, d’autre part parce que les effets ne sont pas toujours visibles immédiatement. Pour cette raison, le modèle de la pyramide préconise d’appliquer une mesure d’aide au moins pendant 3 semaines de cours (15 jours ouvrables) avant de l’évaluer et de juger de l’opportunité de la maintenir ou d’en essayer une autre.

Et l’enfant dans tout cela?

Deux acteurs méritent d’être associés au dispositif mis en place, car ils sont concernés au premier plan:

  • L’élève lui-même qui peut décrire ce qu’il trouve facile, difficile, ce qui l’aide, proposer lui-même des aménagements, et être partenaire dans la mise en place et la bonne utilisation des aides afin de surmonter la difficulté.
  • La famille/ responsable de l’enfant, qui peut apporter un éclairage ou expliciter ce qui fonctionne ou non hors contexte scolaire, et apporter sa pierre à l’édifice en contribuant à la cohérence et à la complémentarité des prises en charge, tout en respectant leur rôle de parents et leur regard qui sera inévitablement différent de celui de l’école.

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